Témoignages tirés de la version américaine de Our Bodies Ourselves

Ces témoignages peuvent aider à démarrer la réflexion sur vos propres expériences liées à la parentalité, à l’adoption, à la grossesse ou à l’accouchement avant de répondre à notre collecte de témoignages sur le sujet.

Qui êtes vous?
  • Ananda : j’ai soixante-trois ans. Ma relation avec mon compagnon de vie, avec qui j’ai été mariée pendant 12 ans, a été polygame tout au long de nos trente-deux ans de vie commune. Chacun de notre côté, nous avons d’autres relations à long terme très satisfaisantes. Mon principal “autre” partenaire fait partie de ma vie depuis trente ans ; mon compagnon a entretenu une relation avec une femme qui est maintenant mon amie depuis 15 ans. Tout le monde est au courant de l’existence des autres. C’est un style de vie complexe qui ne convient pas à tout le monde
  • Chloé : J’ai vingt-trois ans et je suis une femme queer transsexuelle. Mes partenaires sont pour la plupart des femmes trans, bien que j’ai aussi eu des relations avec des femmes cissexuelles.
  • Efia : Je suis une femme queer noire de trente-deux ans. J’ai été élevée dans une atmosphère chaleureuse, encourageante, croyante et pratiquante par un père aumônier dans l’armée et conseiller conjugal et une mère enseignante. Il s’ensuit que tout ce que j’ai appris à connaître et à reconnaître dans ma sexualité, je le dois à ma curiosité, à mon sens de la rébellion et à l’auto-exploration.
  • EJM : Je suis une hétérosexuelle de 24 ans. Je suis Coréenne, j’ai grandi à moitié aux États-Unis, à moitié en Corée.
  • Sophia : Je suis une femme asiatique/hispanique, dans la mi-quarantaine, mariée depuis 20 ans à un homme de descendance caucasienne. Nous avons deux enfants. Avec mes frères et sœurs, nous avons été élevé.e.s dans une famille très croyante pour qui le sexe avant le mariage était un péché. J’avais 22 ans lors de ma première relation sexuelle, avec un homme qui est finalement devenu mon époux. Je n’ai jamais dit à mes parents que j’avais eu des relations sexuelles avant d’être mariée. Encore aujourd’hui, je ne peux pas parler de sexualité avec ma mère.

Devenir parent… ou pas!

Témoignage 1

Ça ne m’intéresse pas du tout d’avoir des enfants… Heureusement je suis en relation avec une personne qui ne veut pas d’enfant non plus. Nous parlons de la pression sociale et des jugements que nous ressentons et de combien cela fait du bien d’être dans une relation dans laquelle nous sommes d’accord sur le fait de ne pas avoir d’enfant.

Témoignage 2

À un moment donné, quand j’avais 18 ans, il y a un truc qui a commencé à faire tic-tac en moi – Je pense que j’ai même un souvenir du moment où il s’est déclenché ou en tout cas du moment où je m’en suis soudainement rendue compte. Une envie profonde d’être enceinte, qui est arrivée de nulle part. Une envie d’avoir une petite créature vivante à l’intérieur de moi, de sentir mon corps passer à travers la grossesse et l’accouchement. Je pense sans arrêt à la grossesse, mon ventre et ma poitrine me font mal quand je vois des personnes enceintes ou des petits bébés.

Témoignage 3

Je suis encore en discussion avec moi-même à savoir si je veux ou non des enfants. Entre autres parce que je me demande si j’ai vraiment envie d’y consacrer autant de temps, au point de sacrifier des aspirations personnelles. Et puis je me demande si je le regretterai ou non ou si je me sentirai seule parce que j’ai décidé de ne pas avoir d’enfant.

Témoignage 4

Le moment de la naissance a probablement été le moment de ma vie où j’ai ressenti la plus grande connexion émotionnelle à un autre être humain. Aujourd’hui, je ne pourrais pas imaginer ma vie sans être parent. Mais le quotidien de ce que peut vivre Amely avec deux pères trans dans un monde qui ne comprend pas totalement cette situation, c’est une bataille de tous les jours pour se protéger, protéger Amely, protéger notre famille.*

Grossesse et accouchement

Témoignage 1

Parfois j’avais l’impression d’avoir conçu ce bébé par caprice, que c’était une trop grande responsabilité à porter au nom d’un caprice. Je me sentais dépassée par ma grossesse. J’avais décidé d’enfanter sans l’aide d’un conjoint, ce qui augmentait mon sentiment d’impuissance. Jusqu’au troisième trimestre, j’ai eu peur de ne pas être à la hauteur.

Témoignage 2

Étant donné que j’ai fait une fausse-couche dans le passé, et que j’avais conçu par fécondation in vitro, j’étais inquiète du déroulement de ma grossesse. L’endocrinologue qui me suivait était méfiante de tout accouchement à l’extérieur du milieu hospitalier. Et puis, j’avais des complications gastro-œsophagiennes importantes. Je souhaitais une communication fluide, d’égale à égale entre les professionnelles qui me suivaient, ce qui m’avait poussé à choisir un suivi de grossesse avec une obstétricienne. Mais lorsque cette dernière m’a annoncé qu’elle quittait sa pratique (alors que je n’étais qu’au 6e mois de grossesse), j’ai réévalué mon choix d’intervenante. J’ai alors fait le constat que non seulement mon obstétricienne et ma gastro-entérologue ne s’étaient pas parlé, mais en plus, elles m’avaient donné des conseils contradictoires. En même temps, lors de rencontres avec les autres membres du service obstétrical, je n’avais pas apprécié leurs propos sur les épidurales et les césariennes. Je me suis aussi rendue compte que malgré une méthode de conception qui sortait de l’ordinaire, je vivais maintenant une grossesse tout à fait normale et saine. C’est alors que, dans mon troisième trimestre bien avancé, j’ai décidé de changer pour un suivi avec sage-femme et que j’ai ainsi pu avoir un accouchement naturel comme je le voulais vraiment

Témoignage 3

En faisant des recherches sur l’hôpital où j’accoucherai, nous avons remarqué que plusieurs médecins avaient déjà supervisé des accouchements par le siège et que, malgré la pression qu’on me mettait à accepter une césarienne, j’avais le droit de refuser. Nous nous sommes donc présentées à l’hôpital le jour suivant pour tenter une manœuvre (ou le médecin replace le bébé manuellement), accompagnés d’une lettre affirmant que nous refusions la césarienne, à moins que ma vie ou celle du bébé ne soit en danger. Cette manœuvre n’ayant pas fonctionné, les médecins ont essayé de me convaincre d’accepter l’accouchement par césarienne. La raison principale – qu’il serait difficile de garantir la présence de médecins formé.es et expérimenté.es lors de mon accouchement- ne me semblait pas suffisante pour justifier qu’on m’ouvre le ventre. Une fois que l’équipe soignante a compris que nous ne consentirions pas à la césarienne, une gentille médecin s’est portée volontaire pour être de garde en attendant le jour de mon accouchement. Elle a ensuite passé une heure à discuter avec moi pour me mettre à l’aise face à mon obligation d’accoucher en milieu hospitalier. Alors que je devenais de plus en plus à l’aise, mes contractions sont devenues de plus en plus régulières, marquant le début du travail actif. Ma troisième fille est née moins de quatre heures plus tard. Ce fut mon accouchement le plus rapide. Nous sommes rentrées à la maison, ensemble moins de trois heures après sa naissance.

Premiers mois de parentalité

Témoignage 1

J’ai eu mon bébé dans une maison de naissance et j’étais dans mon propre lit quatre heures après la naissance de ma fille. Des amis.es ont apporté des plats pour la première semaine pour que mon.ma partenaire et moi puissions profiter pleinement de la nouvelle expérience d’être une famille. Ma mère est venue plus tard, quand mon.ma partenaire est retourné.e au travail, et avoir ces paires de mains en plus et une présence aimante m’ont vraiment aidé dans les premiers jours.  

Témoignage 2

Durant les premières semaines, je n’étais pas toujours certaine où terminait le bébé et où je commençais. Je sentais que j’avais perdu mon ancien moi et que j’étais trop fatiguée, physiquement et émotionnellement, pour le retrouver. Mais j’étais aussi en train de découvrir une nouvelle partie de moi que je ne connaissais pas : des sentiments intenses inattendus pour mon nouveau bébé, une résurgence d’amour pour ma mère, une connexion avec d’autres femmes. Je suis passée du désespoir à être submergée par la tendresse en l’espace d’une heure.

Témoignage 3

Les femmes dans la rencontre pour nouvelles mères m’observaient du coin de l’oeil. Je suis resté.e assis à les écouter parler de leur cicatrice de césarienne, de leurs mamelons gercés et de l’allaitement en pleine nuit et… après c’était mon tour. J’ai souffert d’insomnie, de décalage horaire et ma vie a connu des changements radicaux, mais je sentais que je n’avais pas le droit de me plaindre. Après tout, je me suis fait rappeler à maintes reprises que j’étais chanceuxe parce que je n’ai pas eu de grosses difficultés pour avoir un enfant.

Processus de fertilité, insémination artisanale et technologies de reproduction assistée

Témoignage 1

J’ai toujours cru que j’aurais des enfants sans problèmes – autant que j’en voulais et quand je les voudrais. Malheureusement, après 4 ans d’essais et d’erreurs, de tests et d’opérations, mon mari et moi commençons à comprendre que la vie ne se passe pas toujours comme on l’a prévu.

Témoignage 2

Après avoir été terriblement choquée, je suis maintenant dans une colère inouïe que le deuxième test sanguin montre que je ne suis plus enceinte! Je suis en colère contre mon corps, contre Dieu, contre ma propre intuition. Je raccroche au nez de mes sœurs et de ma mère qui m’appellent pour me consoler. J’ai l’impression d’être dévorée par la colère et le deuil.

Témoignage 3

Nous avons longuement réfléchi aux différentes options s’offrant à nous pour concevoir notre famille (adoption, don via clinique et banque de sperme, donneur connu). Après plusieurs années de réflexions et discussions avec des personnes ayant fondé leur famille de différentes manières, nous avons entamé des démarches pour fonder la nôtre grâce à un donneur connu. Nous avons d’abord demandé à un ami s’il accepterait d’être notre potentiel donneur. Des rencontres et discussions se sont échelonnées sur presque une année. Pour différentes raisons de notre côté comme du sien, le projet n’a finalement pas abouti, mais cela a constitué pour nous une première expérience très positive de questionnements. Nous avons alors entrepris des démarches avec un autre ami et son conjoint. Lors des rencontres que nous avons eues avec eux, le projet de potentielle famille s’est rapidement pensé à 4. Ma conjointe et moi projetions de jouer les rôles de parents et eux, les rôles de parrains, avec un degré d’implication selon leurs souhaits respectifs. Les liens biologiques et affectifs s’articulant différemment pour chacune des 4 personnes, avec des variations dans les responsabilités et obligations, nous avons beaucoup discuté de l’importance d’une communication honnête entre nous. Au plan technique, les essais se sont réalisés à la maison du donneur. Nous convenions d’un moment propice pour lui en fonction de mes périodes de fertilité. Par texto, nous nous coordonnions afin de procéder le plus rapidement possible à l’insémination et ainsi maximiser les chances de tomber enceinte. Le don de sperme était laissé dans la salle de bain dans un petit flacon fermé. Notre ami nous avertissait qu’il partait de chez lui pour nous laisser l’espace. Quelques minutes plus tard, on procédait à l’insémination à l’aide une petite seringue. Le tout se faisait plutôt rapidement et je gardais ensuite 30 minutes les jambes surélevées. Nos deux enfants ont été conçus de cette manière, chacun en quelques essais seulement. Pour leur don, leur ouverture et leur présence, nous sommes reconnaissantes à vie à ces deux amis qui font partie intégrante de notre famille.**

Deuils périnataux

Témoignage 1

J’étais submergée par le deuil et jalouse de toutes ces mères qui étaient enceintes ou qui promenaient leur poussette. Je ne connaissais personne qui avait fait une fausse couche, ce qui était terrible pour moi. Même si rationnellement tout le monde sait que les fausses couches arrivent fréquemment, il y a tout de même un grand silence et une grande honte qui les entourent.

Témoignage 2

Mes ami·es m’ont encouragée à contacter leurs ami·es qui avaient vécu des situations similaires. Ça m’a énormément aidée. J’ai beaucoup aimé discuter avec cette femme de l’Oregon qui avait fait quatre fausses couches avant d’apprendre qu’elle avait un trouble de coagulation sanguine, ainsi qu’avec une autre femme, à Boston, qui avait fait trois fausses couches avant de donner naissance à deux petits garçons. Ces femmes sont devenues mes amies. 

Témoignage 3

Très tôt pendant ma grossesse, j’ai appris que j’attendais des jumeaux. La nouvelle avait été angoissante, mais excitante aussi. Puis, un des jumeaux a arrêté de se développer. Je n’ai eu aucun symptôme de fausse couche, et ultimement mon corps a absorbé le fœtus. La plupart des gens ne savaient pas quoi me dire quand je leur disais que j’avais perdu un bébé. Certaines personnes m’ont dit, « Hé bien, tu en voulais seulement un à la base. » Ça ne m’a pas du tout aidée d’entendre ça. Je m’inquiétais de la santé et de la viabilité du jumeau « en santé » et je me demandais ce qui clochait avec moi. J’ai été soulagée et aux anges quand j’ai donné naissance à mon fils six mois plus tard, mais je pense encore souvent au jumeau de mon fils et à l’anxiété que j’ai ressentie pendant ma grossesse. Il m’a fallu beaucoup de temps pour réaliser à quel point ce deuil m’avait bouleversée.

* Tous les témoignages sont des témoignages traduits à partir de la version américaine de Our Bodies, Ourselves (2011) sauf celui-ci* qui est tiré du film Parents Transgenres (2014) réalisé par Rémy Huberdeau et celui-là** qui provient de l’entourage des membres de La CORPS féministe.

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